Un spectacle de Joris Mathieu en compagnie de Haut et Court, création du TNG - Centre Dramatique National de Lyon

Un journal de création
Le parcours d'un spectacle en construction.
Nous rassemblons dans ces articles les références qui alimentent notre recherche.
Un carnet de bord en notre compagnie...



L'équipe

Écriture et mise en scène Joris Mathieu
en compagnie du collectif artistique Haut et Court
Interprétation Marion Talotti, Philippe Chareyron, Vincent Hermano
Avec la participation de Lelio Wajnsztejn
Dispositif scénographique Nicolas Boudier et Joris Mathieu
Son Nicolas Thévenet
Lumière Nicolas Boudier
Vidéo Loïc Bontems, Siegfried Marque
Assistante de création  Maud Peyrache
Production, Diffusion Claire Lonchampt-Fine / Bénédicte Goinard (Bureau FormART)


Production Théâtre Nouvelle Génération - CDN de Lyon
Coproduction le Grand R - Scène nationale de la Roche-sur-Yon
Avec le soutien du Noûs, ensemble de lieux partenaires du projet artistique triennal du Théâtre Nouvelle Génération - CDN de Lyon, l’Espace Jean Legendre - Théâtre de Compiègne - Scène nationale de l’Oise en préfiguration, le Trident - Scène nationale de Cherbourg-Octeville, Le Merlan - Scène nationale de Marseille, l’Hexagone - Scène nationale de Meylan, le T-U de Nantes et Le Lieu Unique - Scène nationale de Nantes.





 Dates à venir

 Du 12 au 19 octobre 2016 - THÉÂTRE NOUVELLE GÉNÉRATION, CDN DE LYON

Les 9 et 10 novembre 2016 – FESTIVAL LES THÉÂTRALES CHARLES DULLIN-PÔLE CULTUREL D'ALFORTVILLE

Du 24 au 27 novembre 2016 –THEATRE AM STRAM GRAM, GENEVE

Du 7 au 11 décembre 2016 – LA VILLETTE, PARIS

Les 5 et 6 janvier 2017 - ESPACES PLURIELS SCÈNE CONVENTIONNÉE DANSE PAU

Le 12 janvier 2017– THEATRE D’AURILLAC SCÈNE CONVENTIONNÉE

Du 17 au 20 janvier 2017 - THÉÂTRE DE L’UNION – CDN DU LIMOUSIN, LIMOGES

Du 24 au 27 janvier 2017 - ESPACE MALRAUX, SCENE NATIONALE DE CHAMBERY

Les 2 et 3 février 2016 – ESPACE LINO VENTURA – GARGES–LES-GONESSE

Du 7 au 10 février 2017 - LE QUAI, CDN ANGERS PAYS DE LA LOIRE
 

Du 2 au 4 mars 2017 - LE THEATRE DE SAINT-QUENTIN- EN-YVELINES, SCENE NATIONALE
 

Le 9 mars 2017 - LE PRÉAU, CENTRE DRAMATIQUE REGIONAL DE BASSE-NORMANDIE, VIRE



    Teaser du spectacle

    video
    Teaser de Hikikomori le refuge, réalisé par Siegfried Marque.

    "Et toi, tu vas plonger avec eux dans mes souvenirs..."

    video

    Intentions

    « A l'origine, Hikikomori-Le refuge est l'exploration d'un noeud familial. Un drame muet, qui met en scène une situation inextricable. Un adolescent, Nils s'est retiré du monde. Il a refermé la porte de sa chambre et il n'en sortira plus.
    De l'autre côté de la porte, ses parents - silencieux devant ce drame – se trouvent eux aussi enfermés dans le couloir qui mène à la chambre de leur enfant.
    Les spectateurs, munis d’un casque, vivent alors chacun une histoire singulière. Tous voient le même spectacle, mais chacun le traverse accompagné d'une narration particulière.
    Sous le casque, une voix les accompagne, et leur permet de vivre l'histoire : soit du point de vue de l'enfant, soit du point de vue du père, soit (pour les plus jeunes dès 8 ans) au travers d'un conte murmuré par la mère au pied de la porte de la chambre.
    De ce prétexte, se construit alors une représentation de l'isolement, de la disparition de la communication.
    Hikikomori- Le refuge pose cette question de l'isolement comme possible refuge dans des mondes imaginaires. Dans ce spectacle nous explorons l'affrontement entre le monde commun - celui dans lequel nous vivons tous -  et les mondes singuliers  ( ceux dont nous sommes les créateurs et aussi le centre).
    Finalement de manière légèrement anticipée c'est la construction d'une société faite d'images et de communications nouvelles que nous étudions et surtout la place que ce monde réserve à chaque individu.
    « Quel monde sommes-nous en train de construire? » pourrait être la question qui résonne aux oreilles du public inter-générationnel, à la sortie du spectacle.
     
    Depuis des années, en compagnie d’Haut et Court mon équipe artistique, constituée de fidèles compagnons de route depuis 18 ans, nous défendons l'idée d'un théâtre qui s'adresse à la subjectivité des spectateurs.
    Un théâtre qui aime la littérature et le phénomène interprétatif de la lecture, de la vision d'un spectacle.
    Toute représentation est évidemment polysémique, et notre art doit poser davantage de questions qu'il n'apporte de réponses.
    Mais force est de constater que ce que nous considérons comme un acquis ne l'est pas.
    Nous vivons une époque dans laquelle les messages textuels ou visuels explicites triomphent. Et le Théâtre n'échappe pas à la règle.
    Je crois aussi que la capacité empathique de l'humain s'estompe.

    Pourtant, à mon sens, c'est cette capacité de comprendre les choses depuis d'autres points de vue que le sien, qui permet de former une communauté pensante, intelligente et de pouvoir vivre ensemble. 
    C'est pour cela que ce spectacle existe.
    Hikikomori-Le refuge est la traduction formelle de cette idée.
    C'est la preuve par l'expérience - pour ceux qui l'ont oublié ou bien qui n'ont jamais eu la chance de l'éprouver - que chaque image est bien polysémique et que chaque situation s'interprète depuis différents points de vue ; même sous le casque chaque histoire, individuellement, reste interprétable de manières diverses. »
    Joris Mathieu - mars 2016

    L'histoire

    Hikikomori le refuge est une fable d'anticipation. 
    L'histoire se déroule dans un futur proche dans lequel les êtres humains possèdent des casques technologiques enregistrant l'activité cérébrale et permettant de suivre à distance ce qui se déroule dans la vie de celui qui le porte.

    Nils est un jeune garçon qui traverse une période difficile, à l'école, dans ses relations avec les autres, dans son adaptation à la société. Casque vissé sur la tête, on le découvre alors qu'il quitte son école. Pédalant à toute vitesse, il fend un ciel bleu clair parsemé de nuages. Les paysages défilent et Nils aperçoit au loin sa maison.

    A peine rentré, il jette violemment son casque sur la table et se réfugie dans sa chambre. La porte claque. Il ne ressortira plus...

    Quelques secondes plus tard. Ses parents, alertés par le bruit, pénètrent dans le salon. Qu'est-il arrivé à Nils ? Pourquoi s'est-il enfermé précipitamment dans sa chambre ?
    Après un échange de regards inquiets, et au lieu d'aller naturellement frapper à sa porte pour lui parler, le couple se dirige vers le casque abandonné sur table du salon et se connecte sur les souvenirs enregistrés de Nils, pour revivre en détails ce que leur fils a traversé.

    A propos du titre : Hikikomori le refuge


     
    Hikikomori littéralement en japonais « le repli sur soi », est une psychopathologie sociale.
    Ce phénomène caractérise des individus (souvent des adolescents) en prise à des difficultés pour appréhender leur environnement et la pression sociale. Ils font alors le choix de la réclusion, le plus souvent dans leurs chambres, chez leurs parents, limitant leurs sorties aux stricts besoins vitaux, ou pour dissimuler leur situation à leurs proches.

    Il est intéressant de s'attarder sur la deuxième partie du titre : le refuge.
    Il s'agit du thème du spectacle au même titre que l'isolement.
    Plus encore le phénomène hikikomori apparaît comme une ouverture, un questionnement sur cette idée de refuge.
    Dans sa chambre, Nils se construit son monde, un territoire idéal, un espace qu'il convoque lui-même en le rêvant.

    « Nils est devenu le centre d'un monde qui n'existe que pour lui(...)
    Finalement c'est un peu la même chose quand je fabrique des mondes miniatures »
    Le père


    Lire, écrire, dessiner, jouer, créer, penser, inventer …. 
    Nous possédons tous nos propres refuges. Chacun négocie avec le monde extérieur commun.

    Parfois ces refuges sont artificiels, destructeurs : alcool, drogue, névroses et psychoses... parfois ils sont salvateurs et féconds : l'espace de la pensée, des rêves, des fantasmes sont des espaces que chacun de nous habite et qui nous aident à vivre

    L'imagination est une force, une puissance humaine qui peut nous sauver des assauts d'une réalité parfois violente.

    Triple narration / Le dispositif sonore


    Comme le couple, le public de tout âge, équipé de dispositifs d'écoute va entrer en immersion à l'intérieur de la tête de Nils, pour partager sa vision des événements et plonger dans les méandres subjectifs de l'histoire.

    Dès lors, ce n'est pas une mais trois histoires qui se construisent autour du même spectacle. Trois points de vue différents, trois niveaux de réalité qui s'expriment en échos à la même narration scénique. Tout le monde voit la même chose, mais pourtant les situations ne sont pas interprétées de la même manière selon la voix qui accompagne et contextualise la lecture. Le spectateur va vivre l'aventure du point de vue de la mère, du point de vue du père ou du point de vue de l'enfant.

    A l'entrée de la salle, chaque spectateur reçoit un casque audio H.F. à travers lequel il entendra une des trois narrations. 


    En parallèle, de la musique et des voix live sont également diffusées dans les enceintes de la salle...

    "Les oreilles n'ont pas de paupière", Pascal Quignard dans La haine de la musique

    La diffusion sous casque ouvre une expérience personnelle et interroge notre rapport à l'intime au sein du collectif d'autant plus au Théâtre qui réunit dans le même espace plusieurs spectateurs qui partagent leur présence et leur expérience mais pas leur écoute.
    De plus, ce système se rapproche de l'expérience sensorielle du rêve.

    Vue d'ensemble du système son. Dessiné par Mathieu Vallet, régisseur son du TNG.





    Les Trois voix

    VERSION 1 (dès 8 ans)
    Accompagnée par la voix de la mère, cette version propose un véritable conte philosophique contemporain.
    Nous suivrons ici l’itinéraire de l’enfant à la recherche d’un refuge, qui lui permettrait de s’abriter des assauts du monde extérieur.
    Quelles sont les cabanes de notre époque ? Quels espaces intimes et secrets reste-t-il aux enfants pour s’épanouir et laisser libre cours à leur imaginaire ?

    VERSION 2 (dès 11 ans)
    Cette version est celle de Nils et met en scène la même histoire à travers le filtre de la relation parents-enfants. Quel parent n’a pas rêvé d’entrer quelques minutes à l’intérieur de la tête de son enfant ? Et si dans un futur proche la technologie rendait possible le maintien de ce cordon ombilical virtuel?
    Que se passe-t-il alors quand une technologie déployée pour la sécurité, devient un outil de contrôle qui permet l’intrusion et la violation de l’intimité ?
    Quelle autre voie que l’enfermement volontaire nous reste-t-il sur le chemin de l’émancipation ?

    VERSION 3 (dès 15 ans et +)
    Cette version via le prisme du Père, nous plonge dans ce que cet homme expérimente lorsqu’il se branche sur le casque de son fils.
    Lui, artisan dans le civil, un des rares encore en exercice, réfractaire à la technologie, aux modes de vie contemporains, est frappé par ce qu’il découvre. Pourtant, rapidement le doute s’installe. Dès lors il ne lui est plus vraiment possible de savoir avec certitude si sa vie est bien réelle, s’il est réellement artisan, si la femme qu’il fréquente est bien la sienne.
    D’ailleurs, Nils, existe il finalement ?

    Une boîte à l'interieur d'une boîte... / La scénographie



     Montage : 1er jour


    Montage : 2ème jour


    L'espace proposé dans Hikikomori le refuge n'est pas un espace réaliste. Comme ce fut le cas sur des spectacles précédents, Joris et son équipe recréent un cadre de scène à l'intérieur du cadre de scène existant.  L'idée est de mettre au point des machines qui recadrent la vision et permettent une plongée dans l'image à travers des projections de décors virtuels, de séquences filmiques en mouvement ou qui mettent en scène des personnages "holographiques" troublant la perception de l'espace et du réel.

    Le théâtre optique est l'outil que la compagnie développe depuis plusieurs années. Ces outils technologiques sont utilisés pour soutenir les narrations.



    Vue 3D. Scénographie Nicolas Boudier.

     



      La scénographie distribue l'espace sur deux plans principaux : l'avant scène et l'espace derrière l'écran.

    Plan de coupe du décor (N.Boudier)



    Quelques mots sur le théâtre optique

     


    La structure présente au plateau sert d'écran sur lequel est projeté un pepper's ghost. Le dispositif reprend ce procédé théâtral ancien en l'associant aux possibilités technologiques actuelles.



    Quelques mots sur le pepper's ghost :
    Il s'agit d'une illusion d'optique utilisée au théâtre à partir du XIXème siècle mais dont on relève des traces dès le 16ème siècle. La technique est d' utiliser une fine plaque (de verre autrefois et de plexiglass ou autre matériaux aujourd'hui) et des techniques d'éclairage( ici de vidéo projection) particulières, elle permet de faire croire que des objets apparaissent, disparaissent ou deviennent transparents, ou qu'un objet se transforme en un autre.



    Apparition de spectre dans le théâtre elizabethain
     


    Concernant le dispositif, on l'appelle également "Le Théâtre optique"

    « L’appareil a pour but d’obtenir l’illusion du mouvement non plus limi­tée à la répétition des mêmes poses à chaque tour de l’instrument, comme cela se produit nécessairement dans tous les appareils connus (Zootropes, Praxinoscopes, etc) mais ayant, au contraire, une variété et une durée indé­finies et produisant ainsi de véritables scènes animées d’un développement illimité."
    Emile Reynaud (1892-1900)


     

    Au plateau/ Notes sur les répétitions

    Le 16 octobre 2015.

    Les premiers moments au plateau.


    Les comédiens sont dans l'espace et le dispositif opérationnel. L'équipe teste la vidéo-projection en même temps que les acteurs prennent possession de l'espace.

    Siegfried et Loïc (vidéastes) lancent des images de natures différentes à l'intérieur du dispositif. Sur le plateau, se succèdent plans fixes et séquences animées. Les apparitions en 3D qui se déroulent devant nos yeux sont impressionnantes, elles créent le trouble entre présences réelles et présences virtuelles.


    L'équipe s'aperçoit très vite des potentialités du dispositif technique :  les séquences cinématographiques narratives fonctionnent très bien dans cet espace. L'écriture scénique va pouvoir commencer.

    Des pistes s'ouvrent et avec elles, leur exploration...

    Tout de suite, les comédiens ( Marion, Vincent et Philippe) se positionnent dans l'espace. Ils explorent différentes situations. Guidée par Joris, cette première prise de contact paraît instinctive, presque naturelle alors qu'on se situe clairement face à un environnement aux possibilité "extra-ordinaires".
    Plusieurs situations sont testées, la recherche est nourrie par l’œil extérieur.

    Toutes les configurations sont explorées : on superpose, on échange, on met en parallèle les images réelles et virtuelles, directe et enregistrées. On fait jouer ensembles différents plans, différentes échelles.

    Peut-on intégrer un personnage virtuel dans une scène avec des acteurs réels ?

    Peut-on jouer sur des apparitions temporaires dans une image pleine ?

    Dans quelle mesure les comédiens apparaissent-ils devant l'image, dans l'image ou derrière l'image ?

    Comment articuler des situations réalistes à des projections issus de la mémoire ou de l'imagination ?

    Concernant l'énonciation, il ne s'agit pas d'être dans « la littérature souvenir ». Le comédien n'apporte pas de « surenchère poétique » à la narration. L'adresse est plutôt directe, frontale.
    L'espace mute : d'un lieu de parole on bascule dans un espace du souvenir, d'un salon réaliste on plonge dans une vision onirique, une prairie...une forêt ?...


    L'équipe avance par improvisations et mises en jeu successives ayant pour base le texte écrit par Joris Mathieu, une matière brute dont le découpage et le partage de la parole se définira tout au long du travail.

    Voici un exemple de mise en jeu explorée lors de cette première journée :
    Sur le plateau, travail avec trois présences, trois flots de paroles entrecoupés de silences. Des regards sont échangés.
    On est en face d'un espace narratif assumé, sorte de purgatoire, huis-clos duquel les personnages nous parlent. 

    Une grande attention est portée au travail vidéo mais toujours est recherché le théâtre à l'intérieur de ces images.



    Semaine 2

    du 19 au 24 octobre: 

    Le travail avec les comédiens reprend et continue.
    Joris, Marion,  Philippe, et Vincent travaillent ensemble sans faire appel tout de suite aux éléments techniques.
    Période de recherches plateau pour créer d'une part les scènes entre les deux parents à l'avant scène et les séquences à l'intérieur des images 3D d'autre part.
    Création du squelette de la version de l'Enfant (version intermédiaire) sur lequel viendront se greffer et s'articuler les deux autres versions.





    Semaine 3



    du 26 au 31 octobre:

    Cette semaine, les répétitions continuent. La trame construite en jeu lors de la semaine 2 est alimentée de jours en jours par des maquettes images et son de plus en plus précises qui a chaque fois requestionnent le jeu et permettent ainsi de solidifier les séquences et solidariser la technique et le jeu.
    Une journée type se divise en trois services :
    Le matin est réservé à la technique, des retouches sont apportées à la scénographie, l'implantation lumière se précise et se complexifie. L'équipe vidéo profite de ce moment pour tourner des images pendant que Nicolas Thévenet au son travaille ses compositions.
    Pendant le deuxième service, l'après midi les scènes de l'avant-scène entre le père et la mère sont répétées.
    Enfin, la soirée est consacrée aux séquences-souvenirs derrière l'écran.




    Semaine 4


    du 2 au 7 novembre :

    Début de la 4ème semaine de travail, des séquences sont construites, jeu et vidéo sont en place.
    Il s'agit maintenant de les déployer et les assouplir :
    Produire le jeu à l'intérieur et composer les séquences sonores qui accompagnent les scènes en leur laissant le temps de vivre.
    Comme il s'agit d'instants de vie et de souvenirs différents, il est important de comprendre les articulations et le tuilage n'est pas forcément la bonne solution pour chaque transition.
    Le caractère fragmentaire du spectacle impose de clore certaines scènes avant d'ouvrir la suivante. Ainsi, tout en gardant en vue la fluidité de la composition générale, il est important de rester cohérent avec la dimension morcelée de la narration.




    Semaines 5-6 et 7
    Reprise du travail : décembre 

    En loge.
    L'équipe se retrouve après une pause de 3 semaines pour une dernière étape de travail avant les premières du spectacle au TNG.
    Le décor, démonté début novembre est remis en place.
    Les images qui ont été envisagées et testées lors de la première session de travail ont été réalisées entre-temps : images filmées et effets spéciaux.
    Joris propose une deuxième version narrative : celle destinée aux 8-10 ans, prise en charge par la voix de la mère qui se situe plutôt du côté du conte merveilleux.

    Les répétitions reprennent. Le temps étant compté et le travail technique très important les journées s'enchaînent avec 3 services quotidiens.




    (article en cours)








    A propos de la structure du spectacle

    L'enjeu de la fiction n'est pas de raconter ce qui se déroule pour Nils pendant l'enfermement.
    Certes le spectacle traite de l'extraction du monde mais entretient sans cesse un rapport au réel. Constamment sont recherchés les contre-points entre espace réel et espace mental
    La structure se dessine par des allers-retours entre deux espaces de natures différentes : l'avant scène et l'espace derrière l'écran.

    Ainsi on oscille entre un espace réaliste, voir hyper réel, celui des parents dans le couloir de l'avant scène et un espace féérique qui est l'espace des souvenirs d'une part et de l'univers imaginaire de l'enfant d'autre part.

    Des séquences oniriques construites en « blocs » on revient par moments sur des scènes fragmentées des « inter-séquences » témoignant de l'évolution de la situation du côté des parents, de l'autre côté de la porte, qui s'avère finalement un enfermement de plus en plus palpable.

    Avant-scène


    Derrière l'écran


    Au fur et à mesure des jours de travail/ Au contact de l'univers qui se déploie sur le plateau



                                                   " Je vois"
    .
         Un lien très fort apparaît entre l'univers qui se déploie sur la scène et l'étymologie latine du terme « vidéo » .
    Cela signifie « je vois » .

          C'est bien l'expérience que je suis en train de vivre en assistant à la création de ce spectacle : Je vois. Et les visions dont je suis alors capable s'imprègnent comme une véritable expérience. C'est là la dimension éminemment performative de cette œuvre théâtrale.
    C'est à dire qu'elle réalise ce qu'elle énonce
    .

    Dans Je vois il y a le Je qui se révèle aussi important que « vois »

    La force de ce Je est d'autant plus importante que c'est là, il me semble, que réside le « message » de ce théâtre.
    C'est autour de ce Je et de ces questions de la subjectivité, de la singularité que se situe l'engagement de l' artiste.

    Hikikomori le refuge proclame les capacités de nos univers personnels, de nos mondes intérieurs. Il est un acte de défense de la puissance de l'imagination. C'est ainsi ou pour ça que Joris Mathieu traite ce thème.
     On peut aussi parler de l'idios kosmos*
    Ces mots grecs signifient littéralement "univers privé" et s'opposent à koinos kosmos, au monde partagé


    *confère note 1 dans l'article  Pour aller plus loin


     









    Sur le refuge / les différents motifs qui traversent le spectacle

     La forêt 



      « Depuis quelques jours, je pédale plus vite.
    Pressé de quitter le collège.
    Pressé de rentrer chez moi.
    Dans mon refuge.
    Dans la forêt.
    Dans le silence »
    Nils.








     Thème récurrent dans les contes de fées la forêt est un lieu dichotomique  qui porte une forte charge symbolique  à travers l'Histoire.
    Associée au danger et au sacré il y a déjà plus de 2000 ans, la forêt apparaît comme un monde à l'intérieur du monde, sans règle, sauvage. Territoire de la marge abritant les marginaux, les brigands, les animaux sauvages et également toutes sortes de croyances .
    Dans les contes on s'y perd on on s'y cache, on y a peur, on y rencontre des créatures et des épreuves. Il s'agit toujours d'un lieu de transition, de passage et d'initiation pour accéder à l'âge adulte.
    Au cours de son Histoire l'homme la respecte, la craint, l'honore, l'exploite, la délaisse, la fantasme.
    Entrer dans la forêt, c'est pénétrer dans un autre univers que celui socialisé et ordinaire des humains. C'est également (pour de nombreux analystes modernes tels que Bachelard, Jung, Eliade et d'autres) entamer un chemin vers son centre d'intimité, et de manière plus générale elle symbolise l'inconscient de l'homme, son état d'âme. Un territoire clos et infini à la fois qui brouille les principes de temps et d'identité et dans lequel se confondent les oppositions entre ténèbres et lumières, entre corps et âme.



     La porte

    Elle aussi rassemble les contraires et catalyse des paradoxes tout en détenant sa portée symbolique. Appartenant au vocabulaire du seuil, du passage, la porte est synonyme de séparation et de relation.
    Elle a le pouvoir d'ouverture et de fermeture, d'échange et de rupture.
    De plus la porte convoque le hors-champ un au delà, au deça de ce qui est donné à voir

    Dans Hikikomori, le refuge elle est fermée et dessine une frontière,une limite entre soi et le monde, entre l'intime et l'universel.
    D'un point de vue scénographique, la porte est d'ailleurs un motif qui se multiplie, se déforme sur différentes échelles et sous différents angles.




     Le cerf/ l'orignal : "Mi-bête-mi forêt"  (Ronsard)


    Au départ il s'agit d'une anecdote dans la vie de Nils,un simple jeu de mot qui prend progressivement de plus en plus de place puisqu'au cours du spectacle un glissement s'opère.
    L' animal est une des figures qui participe à la dimension fantastique au départ absente de l'univers se développant par des incursions de plus en plus importantes au fil du spectacle.
    Nils devient l'orignal, l'image qu'il a de lui-même se substitue au réel. Nils se transforme en orignal.

    Grotte de Lascaux

    Egalement appelé "le roi des forêts" l'orignal est le plus gros cervidé, un élan d'Amérique du Nord.
    Cet animal fascine les hommes depuis la nuit des temps, il est présent  dans de nombreux contes et des légendes profanes et religieuses, possédant une forte charge magique et symbolique. On le trouve sur les parois des grottes au paléolithique supérieur ( à Lascaux, Niaux, Chauvet, Altamira...).
    Son aspect royal et imposant ainsi que le renouvellement constant de ces bois en font un symbole de fertilité et de résurrection.
















     (article en cours)
     



    Fin de la première période de travail / Les premières images du spectacle


    Photographies de Nicolas Boudier (dispositif scénographique et lumières)









    Démontage au TNG

    Le spectacle part en tournée pour la saison.

    Après les cinq premières journées de jeu au T.N.G., l'équipe reste deux jours supplémentaires pour effectuer plusieurs raccords.
    Le 16 janvier le décor est démonté et on s'apprête pour le départ.
    Prochaine étape :Paris!

    video
    (Merci à Siegfried Marque pour le coup de main montage de ce stop-motion)

    Retours/Impressions des jeunes spectateurs du T.N.G.


    Le spectacle est parti en tournée après cinq jours de représentations au T.N.G.

    Déjà les premiers retours nous parviennent.
    Des collégiens ayant vu le spectacle  produisent des documents pour faire part à l'équipe de création de leur ressentis.


    • Voici les productions sensibles des élèves du collège Elie Vignal à Lyon.


    Nous avons été....




    Portraits chinois du spectacle









    • Les premiers retours de la classe de 4ème1 de St Symphorien d'Ozon.





    Articles de presse sur le spectacle

    Pour accéder à une sélection d'articles de presse autour de Hikikomori, le refuge. Cliquez:

    ici 



    Pour aller plus loin




    1) A propos de l'Idios Kosmos, voici un article de Joris Mathieu

    " Notre perception singulière du réel, notre idiotie personnelle, nous permet de concevoir des mondes qui répondent à une logique propre et qui échappent à l'acception commune. C'est ce qui arrive par exemple au paranoïaque ou au schizophrène lorsqu'il tisse des liens entre différents événements, différentes images, pour élaborer une construction dont l'équilibre précaire semble dément pour les autres. Cette lecture singulière de la vie, à force de se heurter à la définition commune, finit par jaillir avec violence. La fiction entre alors par effraction dans le réel, soulevant pour un instant le voile protecteur de la raison et plongeant la société dans un certain chaos.
    Confrontés à ce choc, à l'affirmation violente de ce Cosmos qui échappe aux règles communément définies et qu'on ne peut raisonner, les témoins de la scène évoquent alors des extrapolations, des incohérences, des liens abusifs; on parle d'élucubrations, de pertes de repères, de déséquilibres et de déraison face à cette intrusion qui a bousculé nos certitudes et troublé le réel.

    La frontière est pourtant ténue entre le koïnos et l'idios, et le point d'équilibre ou de bascule - selon le point de vue - fragile. Il me semble que la friction entre ces deux mondes devient encore plus prégnante dans nos sociétés, lorsque disparaissent les espaces où s'exprime l'intime et dans lesquels notre imaginaire peut trouver un écho. L'espace théâtral est un de ces lieux.
    En construisant des micromondes autarciques ou autistes, en refusant le réel comme un absolu indiscutable, en proposant un regard outré sur nous-même, le théâtre peut devenir cet Hors-du-commun qui nous permet d'échapper à la pesanteur.
    L'extra-ordinaire est donc notre territoire de jeu. C'est le monde intermédiaire, situé sous nos crânes, à l'endroit exact où communiquent nos hémisphères et où raison et passion se confondent, qu'il nous faut dessiner. Donner corps au cosmos tel qu'il nous apparaît dans la réalité ou dans nos rêves, lui inventer une nouvelle chair, voilà ce qui occupe nos journées. (...)

    Qu'est-ce que l'espace théâtral, si ce n'est le lieu où sont convoquées les émotions? Qui nous questionne et met en danger notre équilibre? Il ne me semble pas qu'il soit pour autant question de psychanalyse. Et je ne vois pas quel théâtre produire, si ce n'est celui des rêves, celui qui résonne avec la sphère intime de chacun. (...)D'une certaine manière, la relative disparition de la dimension philosophique dans notre société, précipite l'intolérance de nos idées singulières(...)

    J'ai le sentiment qu'une certaine terreur s'empare de nous, dès lors qu’on nous propose de filtrer notre réel et d’entrer dans la transcendance, aussi poétique soit-elle. Et c'est bien naturel car cette forme d’idéalisme - qui nous permet d’entrevoir que la réalité n’est qu’une pensée et n’a pas d’existence en soi - est en conflit direct avec le matérialisme qui organise notre quotidien. Voilà le danger qui nous menace. Nous le sentons, la bête est là et nous regarde. L'idios s'agite en nous et vient nous parler en rêve. Il construit ce contre-monde susceptible de nous dérouter et de nous faire quitter la communauté. Tel est ce que nous redoutons après le réveil : ne plus voir les choses comme avant.(...)

    Il me semble aujourd’hui que le théâtre ne vaut que pour l'idios kosmos qui sommeille en chaque spectateur. Je veux dire qu'il faut recevoir le théâtre tel qu'on le voit et non tel qu'il est. Car en vérité, le théâtre n'existe pas. Il apparaît. Quant à l'artiste, il ne lui reste qu'à construire le langage pour que les yeux s'ouvrent autrement dans une longue parenthèse. 

    «Ceux qui prétendent raconter sont à l'intérieur de tes rêves et non l'inverse. Les mots qu'ils utilisent, les mouvements qu'ils produisent, ne sont qu'une préparation à l'accouchement de tes rêves. Le Théâtre n'est que ce que tu as ressenti du Théâtre. Le reste n'est qu'un simulacre. Ne t’égare pas dans le simulacre. Regarde le théâtre, le seul, le tien."



    Références autour du phénomène Hikikomori

    Manga : 
                                                   
    Akihabara de Makoto Akane et Ishida Ira


    NHK ni yokuso ! de Kenji Oiwa





    Etude :  
                                                        
                               Hikikomori, ces adolescents en retrait





























    de Maïa Fansten, Cristina Figueiredo, Nancy Pionnié-Dax, Natacha Vellut



























































    L'enfant connecté de Dominique Texier















     Roman :

    Je suis un Hikikomori de Florence Aubry

    Parasites de Murakami Ryu

    Hikikomori de Josée Marcotte



    Un homme qui dort de Georges Perec

     Théâtre :
    Le grenier de Yôdji Sakate




    Notre peur de n'être, Fabrice Murgia, 2014

    Hikikomori, l era del buit, Jordi FauraWvg
    https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=Z2KD0tSj

    L'espace vide du coeur, Mimmo Sorrentino, traduit de l'italien par Julie Quénehen,
    http:// www.dramma.it/index.php?option=com_content&view=article&id=10839:lo-spazio-vuoto-del-cuore&catid=39&Itemid=14




    Films :

    Castaway on the moon, Des nouilles aux haricots noirs , de Lee Hey-Jun, 2010
    http://www.programme-tv.net/cinema/3972767-des-nouilles-aux-haricots-noirs/

    Shaking Tokyo de Bong Joon-ho, intégré dans le long-métrage Tokyo!, 2008

    De l'autre Côté de la porte, Laurence Trush, 2008

    Articles, Liens :

    Article de Jean Barrère : 20 mai 2015
    Hikikomori : des adultes enfermés dans leur chambre
    https://disquettemedia.wordpress.com/2015/05/20/hikikomori-des-adultes-enfermes-dans-leur-chambre/


    Article de Arthur de Boutiny : 21 juillet 2014
    Les « hikikomori » : « Je ne suis pas anormal, je ne sors juste plus » http://rue89.nouvelobs.com/2014/06/21/les-hikikomori-suis-anormal-sors-juste-plus-252993





    Radio:

    http://www.franceculture.fr/emission-culturesmonde-la-deconnexion-34-hikikomoris-du-japon-aux-etats-unis-vers-une-jeunesse-evapo




    Liens Vidéo :

    Royal Conservatoire graduation film directed by Paul Wright.le 17 sept. 2013
    https://www.youtube.com/watch?v=AjeHg_qy_CU

    Clip Steve Conte Living inside the shell

    Hikikomori : The Search Within Yourself


    Captation Journée d'étude Hikikomori : le retrait social des jeunes au Japon. le 31 janvier 2014

    Introduction / Marie-Jean Sauret